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Tiny House Autonome : est-ce possible?

6–8 minutes

Toi aussi tu rêves de vivre dans une Tiny House autonome?
Se couper du monde, s’installer au fin fond d’une forêt et vivre complètement hors système.

Mais si je te disais que l’autonomie totale en Tiny n’est pas forcément écologique, ni économique, voire… impossible?!
Tiny House autonome

J’en ai vues plein des Tiny Houses autonomes sur YouTube, qu’est-ce que tu racontes Geoffrey?

Évidemment, tout est possible. Mais à quel prix et est-ce seulement adapté à toi?

Moi le premier, quand j’ai pensé ma Tiny, je rêvais d’autonomie. Mais la réalité du terrain et les retours des personnes que j’accompagne chaque jour font qu’il est important d’être lucide.

On veut une Tiny House autonome en général pour trois raisons :

  • L’écologie
  • L’indépendance face au système
  • L’économie financière.

L’écologie :

Pour être autonome et allumer ses lumières la nuit ou les jours de pluie, il faut des batteries, et c’est très loin d’être écolo. Elles sont très peu recyclables, et leur fabrication demande l’extraction de ressources rares dans des mines à l’autre bout du monde. On déplace des populations, on pollue des cours d’eau, et on impose des conditions de travail qu’on n’accepterait jamais chez nous. Et comme c’est loin, on ne le voit pas.

L’indépendance :

En plus d’être non-réparables, ces batteries appartiennent à des entreprises privées avec des brevets privées : on devient indépendant du réseau électrique (qui est pourtant très performant), pour devenir dépendant de ces entreprises et leurs brevets.

On devient aussi dépendant d’autres ressources, comme le gaz, souvent utilisé en autonomie pour limiter les consommations électriques.

L’économie financière :

En France, l’électricité reste relativement peu chère. Prenons un cas concret en allant faire un tour sur le calculateur de l’association Les ateliers verts du solaire.

  • Configuration : Un petit système à 3 panneaux photovoltaïques.
  • Coût de l’installation : Environ 2 000 €.
  • Prix du kWh sur le réseau : 23 centimes (en incluant l’abonnement).

Le verdict ? Il faudrait 34 ans pour rentabiliser le système ! Et encore, ce calcul ne prend même pas en compte le remplacement de l’onduleur ou des batteries qui seront à changer bien avant. Même si le prix de l’électricité venait à doubler, il faudrait quand même attendre près de 20 ans.

Si le but est de limiter les dépenses d’énergie, il vaut mieux regarder là où ça consomme le plus : le chauffage et l’eau chaude. Au lieu du solaire photovoltaïque (qui fait de l’électricité), on pourrait penser au solaire thermique (qui utilise la chaleur du soleil pour chauffer directement de l’eau). C’est beaucoup plus efficace que le photovoltaïque !
Le souci, c’est que pour garder sa chaleur, un système thermique a besoin d’un gros ballon d’eau. Et en Tiny, l’espace, c’est un peu le nerf de la guerre.

dessin tiny house bois montagne

Mon témoignage :

Je rêvais d’installer ma Tiny House au fin fond des bois, loin des humains, peinard. Dans mon cas, j’ai fini par accepter que mon autonomie était plus un caprice qu’une nécessité, et que dépenser autant de ressources polluantes juste pour que “Geoffrey ait son petit confort au fond des bois” me paraissait un tantinet égoïste, alors j’ai décidé de faire plus simple et de me raccorder aux réseaux.

Attention, ce n’est que mon témoignage personnel, il y a des situations où l’autonomie reste totalement cohérente !

Bon d’accord, mais pour l’eau c’est plus facile d’être autonome, non? On récupère la pluie, et hop!

Si l’autonomie électrique me parait techniquement accessible (avec les conséquences vues ci-dessus), l’autonomie en eau me semble plus compliquée en Tiny House.

Une Tiny House a une toute petite toiture, donc une surface de captage réduite.
Ensuite, il faut stocker cette eau. Si on bouge notre Tiny House, comment transporter cette eau?! Et les questions s’accumulent vite :

  • Est-ce qu’on a des cuves?
  • Comment empêcher la cuve de geler en extérieur l’hiver ?
  • Comment pomper efficacement ?
  • Comment traiter l’eau pour qu’elle ne croupisse pas ?
  • Comment la filtrer ?
  • Comment la re-minéraliser (car l’eau de pluie est déminéralisée) ?

Mes copain-es Adri et Loulou, installé-ess dans les Pyrénées (et pourtant il y pleut un sacré paquet !), ont une cuve de 500 litres dans leur Tiny. Eh bien, ça ne suffit pas. Régulièrement, ils doivent brancher le tuyau sur le réseau pour compléter.

Mon expérience :

Dans le premier lieu où j’ai vécu, j’avais mis ma Tiny House autonome en eau, installée au bord d’un lac / étang dont je pompais l’eau. Mais quand je nettoyais mes filtres bah… je devais couper l’eau! Résultat : je n’avais plus d’eau pour nettoyer les filtres qui me servaient à avoir de l’eau. Un vrai serpent qui se mord la queue ! Sans compter les aller-retours à la source avec des bidons pour l’eau potable.

Je me suis aperçu que si la sobriété simplifie certains aspects de la vie, elle peut aussi apporter une sacrée dose de complexité au quotidien. J’étais devenu dépendant de mon indépendance.

Mais dis-moi Geoffrey, c’est quand même plus simple de faire une Tiny House autonome que l’inverse, non?

Je suis pas d’accord : faire une Tiny House autonome augmente les coûts ET la complexité du projet :

  • Dans sa phase de conception, c’est un petit casse tête à résoudre pour penser à tout et tout faire rentrer.
  • Dans la phase de construction, c’est du travail en plus.

Ça demande de se former ENCORE à quelque chose de nouveau, alors qu’une Tiny House c’est déjà teeeeeeeeellement un défi à construire!
Il faut se demander si on a vraiment l’envie, le besoin et la force de faire ça.

Ah ouais, je n’y avais pas pensé… Et tu conseilles quoi alors?

Il existe des alternatives intéressantes et plus légères à mettre en place (liste non-exhaustive) :

1. L’autoconsommation sans batterie (pour l’électricité) : on installe quelques panneaux solaires, sans batterie. On consomme l’électricité en direct quand il y a du soleil (en branchant nos appareils à ce moment-là), et le reste du temps, on bascule sur le réseau classique : on soulage le réseau sans polluer avec des batteries.

2. Le mode “Camping-car” (pour l’eau) : Au lieu de viser l’autonomie sauvage, on installe des cuves de stockage raisonnables à l’intérieur de la Tiny House, qu’on rempli régulièrement avec un réseau d’eau disponible.

3. La stratégie de l’attente : Rien n’empêche de concevoir sa Tiny aujourd’hui en laissant des espaces “vides” ou des passages de câbles en attente. On construit simple et pas cher maintenant, et si plus tard on a le budget et le temps pour installer des systèmes autonomes, la Tiny sera déjà prête à les recevoir.

Il est important de se poser la question : Pourquoi est-ce que je veux absolument être autonome ? En ai-je vraiment besoin ou est-ce par automatisme ?

C’est exactement ce qui s’est passé avec Cécile, que j’accompagne en ce moment. Elle est arrivée avec l’objectif d’avoir une Tiny House pas chère et autonome, ce qui est déjà plutôt incompatible. En posant tout à plat et en analysant l’impact de l’autonomie sur sa future routine de vie, elle s’est rendu compte que ça ne lui correspondait pas du tout. Ça a été un soulagement énorme pour elle de se dire : “Allez, j’enlève l’autonomie de l’équation, je vais me concentrer sur l’essentiel.”

À bientôt !
Geoffrey